La locomotive le Tire-Bouchon entre Auray et Quiberon dans le Morbihan le 9 juin 2026 ( AFP / Loic VENANCE )
L'été uniquement, depuis plus de 40 ans, un train parcourt la presqu'île de Quiberon pour réduire les embouteillages, une desserte que certains voudraient prolonger tout au long de l'année, à l'heure où l'Etat promet de relancer les petites lignes.
Dans la grisaille matinale de Plouharnel (Morbihan), Pierre Le Gourlay s'affaire devant un coffre ouvert, vérifiant relais et câblages le long des rails. Cet agent du service électrique veille au bon fonctionnement des passages à niveau que le train va recommencer à emprunter.
Samedi, comme chaque été, le Tire-Bouchon va reprendre du service, ramenant avec lui des milliers de voyageurs à travers la campagne morbihannaise jusqu'à l'étroit cordon de terre qui fend les eaux pour atteindre Quiberon.
Le TER saisonnier, actif depuis 1985, doit son nom au rôle qu'il joue : désengorger l'unique route de la presqu'île dont la fréquentation peut être multipliée par dix à la belle saison.
"Il est d'une utilité évidente", défend auprès de l'AFP Michaël Quernez, vice-président de la région Bretagne chargé des transports. Long de près de 27 km, il relie Auray à Quiberon dans le Morbihan en quarante-cinq minutes, contre près de deux heures en voiture lors des pics de circulation estivaux.
En 2025, plus de 170.000 voyageurs ont emprunté le Tire-Bouchon. Au plus fort de la saison, la ligne assure dix allers‑retours quotidiens.
"Véritable enjeu"
La locomotive le Tire-Bouchon entre Auray et Quiberon dans le Morbihan le 9 juin 2026 ( AFP / Loic VENANCE )
Arbres taillés, sable balayé, rails décalaminés pour éliminer l'oxydation... Depuis mars, une vingtaine d'agents SNCF comme Pierre Le Gourlay s'affairent à remettre en état la ligne fermée les trois quarts de l'année, une saisonnalité que les habitants aimeraient voir disparaître.
" Le projet idéal serait une ouverture à l'année, pour faciliter les déplacements des salariés et réduire le trafic routier", explique à l'AFP Claude Le Martelot, co-secrétaire général de l'Union locale CGT d'Auray. "Beaucoup de personnes travaillent à Quiberon sans pouvoir s'y loger, faute d'offres. Dans un territoire très touristique comme ici, cela devient un véritable enjeu".
" C'est aussi un enjeu pour les scolaires : ceux qui vivent sur la presqu'île vont soit vers Carnac, soit vers Auray. Il y a quelques bus et aucun train à l'année", abonde Stéphanie Grevet, membre du collectif d'usagers TER Bretagne Sud.
Face à ces demandes, la région met en avant un arbitrage entre besoins et coûts. " Mettre plus de trains entraîne des coûts d'exploitation conséquents (...) les études que nous avons conduites ont conclu qu'il n'y avait pas aujourd'hui une demande suffisante ", répond‑elle.
Elle n'est cependant pas en mesure de fournir une estimation de coût pour un fonctionnement à l'année, soulignant auprès de l'AFP que le montant dépendrait du niveau de service envisagé.
Moderniser le réseau
La locomotive le Tire-Bouchon entre Auray et Quiberon dans le Morbihan le 9 juin 2026 ( AFP / Loic VENANCE )
Le cas du Tire-Bouchon illustre un enjeu national : celui du maintien des lignes dites de "desserte fine", des liaisons voyageurs pouvant aussi accueillir du fret, coûteuses mais jugées essentielles pour les territoires.
Ces lignes, dont 70% voient passer moins de 20 trains par jour, totalisent quelque 7.500 des 28.000 km du réseau ferré exploité. Par comparaison, les lignes à grande vitesse représentent 2.700 kilomètres.
L'an dernier, le gouvernement a annoncé un projet de loi pour moderniser le réseau, portant l'effort annuel de l'État à 4,5 milliards d'euros, contre 3 milliards jusqu'à présent, dans le cadre du contrat de performance conclu avec SNCF Réseau à partir de 2028.
L'axe Auray-Quiberon, qui fonctionnera pour la première fois cette année au biocarburant à la place du diesel - permettant une réduction de 60% d'émissions de gaz à effet de serre - va être entièrement refait, avec des voies neuves à l'horizon 2027 pour faire face notamment à l'élévation du niveau de la mer.
Près de dix mois de travaux débuteront après l'été, pour 55 millions d'euros, dont un quart sera financé par l'État, le reste revenant aux collectivités et à la SNCF.
Interrogé sur le choix de rénover cette ligne plutôt qu'une autre – comme l'axe Morlaix‑Roscoff, fermé depuis huit ans après un glissement de terrain –, M. Quernez estime là encore que la fréquentation est un critère déterminant dans les arbitrages régionaux. Selon la presse locale, la réhabilitation de cette ligne pourrait atteindre près de 80 millions d'euros.

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